Dolmen de Feuilles (Rouet, 34)

Dolmen de Feuilles (Rouet, 34)
(photo Albert Colomer, TDR)

jeudi 13 octobre 2011

Lithographie de dolmens

Voici quelques vieux dessins "romantiques" de monuments mégalithiques. Ces images qui déforment bien souvent la réalité au profit de l'esthétisme ne sont pas pour autant inutiles. Bien souvent, elles nous renseignent sur l'état de conservation des dolmens à une époque donnée. On peut ainsi connaître certains détails architecturaux aujourd'hui disparus.

Le Dolmen de Coste Rouge (Soummont, Hérault)

Le Dolmen de la Prunarède (Saint-Maurice-Navacelles)


Le même dolmen par Lucien Gauthier (1850-1925)




Planche d'A. Munier : Dolmen de Lacoste à Frontignan et son mobilier

Je suis toujours à la recherche d'autres documents de ce genre : Lithographies, dessins, cartes postales, vieilles photos... N'hésitez pas à me contacter.

Sources : RENOUVIER, Monuments divers de quelques diocèses du bas-Languedoc, Montpellier, 1841.
MUNIER (A.), "Découvertes Préhistoriques faites dans la chaîne de montagnes de la Gardéole.", 2ème communication faite à l'Académie des Sciences et Lettres de Montpellier, éditeur du Montpellier médical, 1873, Montpellier, p. 7, PL II.


samedi 8 octobre 2011

Excursion du 15 septembre 2011




Le dolmen des Isserts à Saint-Jean-de-la-Blaquière

Comment y aller : Le dolmen est situé au lieu dit les Isserts, à l’ouest de la D144 qui part de Saint-Jean-de-la-Blaquière en direction de Saint-Felix-de-Lodez. Il est indiqué depuis cette route par un petit panneau en bois, vous pouvez vous garer facilement sur le mini parking. Il faut ensuite prendre le chemin à droite, vous allez passer à proximité d'une casse puis vous monterez une côte à droite. Arrivé au sommet de cette petite colline vous aurez une superbe vue sur la campagne environnante. Vous verrez, à proximité du chemin, une jolie capitelle en ruine encastrée dans un ancien mur de parcelle. Suivez ensuite la ligne de crète et vous tomberez nez à nez avec ce dolmen très imposant.

Historique : Ce dolmen fut découvert en 1900 par Cazalis de Fondouce qui le mentionna dans son inventaire des dolmens de l’Hérault. Il pratiqua un sondage dans la chambre et y récolta quelques tessons ornés de chevrons (aujourd’hui introuvables). La chambre ainsi que le couloir furent entièrement dégagés dans les années cinquante par le Groupe Archéologique du Lodévois, dirigé par Gaston-Bernard Arnal.
Plan du monument par Y. Chevalier


Description : C’est un dolmen à couloir en « P » construit en grès permien, roche locale présente dans tout le bassin géologique du Salagou. La chambre est composée de 4 dalles et est recouverte par une dalle de couverture (elle gisait sur le tumulus ; le propriétaire l’a remise sur les supports il y a 70 ans). La dalle de chevet dont il ne subsiste que la base mesure 1 m de haut et 0,80 m de large. Ce chevet est encastré entre les deux dalles latérales ; l’espace laissé vide est comblé soigneusement par des dallettes. La dalle d’entrée est également brisée, elle n’est conservée que sur 0,40 m de haut. On distingue encore, sur son côté gauche, le départ de l’échancrure et des traces de bouchardage. L’intérieur de la chambre mesure 2 m de long sur 1,50 m de large. Toute la surface du sol était dallée ainsi que la totalité du couloir d’accès.

Le couloir est limité à l’ouest par un mur de pierre sèche bien appareillé. Les pierres sont équarries de manière assez régulière et possèdent des surfaces planes. Le tout forme une paroi totalement dressée et rectiligne de 60 cm de haut. A l’est, le couloir est d’abord bordé d’un mur de pierre sèche de 1,40 m de long et de 70 cm de haut puis bordé d’une longue dalle de 2 m de long pour 1 m de hauteur. La largeur de ce couloir est de 1 m à l’entrée de la chambre puis il rétrécie progressivement de moitié à son autre extrémité. Ce système d’accès est divisé en deux parties qui sont séparés par un mur transversal en pierre sèche.
L’entrée du couloir est condamnée par une dalle dont il ne subsiste que la base.

Le tumulus est très intéressant car on distingue en surface les vestiges de murs de  pierre sèche. En juin 2012, nous avons réalisé un sondage afin de caractériser la structure interne de ce tumulus. Cette petite fouille a permis de mettre en évidence une évolution de la tombe à travers des remaniements anciens de ce dernier. 


Pratiques funéraires : Les restes humains de la chambre ont été retrouvés, selon les premiers fouilleurs "sans ordre apparent". Ils ont cependant identifié deux modes de traitements des cadavres dans la tombe : l'inhumation et l'incinération. Ils ont également dénombré 235 dents ce qui nous fait un total d'environ 7 individus.

Mobilier d'accompagnement des défunts : G.-B Arnal décrit 2 couches d'utilisation du monument : une au Néolithique final caractérisée par la découverte de pointes de flèches, d'éléments de parure (perles en stéatite), et des débris de vases à fond rond et au profil sinueux.
La seconde couche d'utilisation est beaucoup plus récente (âge du Bronze ou du Fer), elle est riche en mobilier métallique. Deux anneaux en bronze, deux épingles en bronze et deux clous en fer ont été retrouvés contre la dalle de chevet accompagnés de deux vases dont un décoré.


Vase visible au Musée Fleury à Lodève (à 15 minutes de Saint-Jean-de-la-Blaquière)


Bonne promenade à tous et attention ne chahutez pas sur les dolmens, c'est dangereux !

Bibliographie :
GROUPE ARCHEOLOGIQUE DU LODEVOIS 1961 :
GROUPE ARCHEOLOGIQUE DU LODEVOIS, « Les mégalithes du Lodévois », Cahier Ligures de Préhistoire et d’Archéologie, T. 10, pp. 34-40, fig. 8-12.

CHEVALIER 1984 :
CHEVALIER (Y.), L'architecture des dolmens entre Languedoc et centre-ouest de la France, Saarbrücker Beiträge Zur Altertumskunde Band 44, Dr. Rudolf Habelt GMBH. Bonn, 1984, pp. 46-56, PL2.

mercredi 5 janvier 2011

Excursion du 30 décembre 2010

J'ai abandonné quelques temps la garrigue pour le maquis! Mes pas m'ont menée récemment en Corse, un autre pays riche en mégalithiques. J'ai d'abord fouillé dans le Sartenais, sur le plateau de Cauria (Sartène), une enceinte en rapport avec les deux sites de pierres dressées et de statues-menhirs de Stantari et Renaghju. Je parcours, en ce mois de janvier, les autres sites mégalithiques, c'est pour moi l'occasion de faire des comparaisons entre les différentes architectures funéraires du pourtour nord méditerranéen.

Le site du Monte Revincu

Situation géographique : le site du Monte Revincu se situe au nord de la Corse vers Saint Florent, dans la région des Agriates. Celle-ci est peu peuplée aujourd'hui et qualifiée de désertique. Le gisement préhistorique est localisé au sommet et au pied d'une montagne (le Monte Revincu) culminant à 356 m et dominant la plaine de Casta.

Type de gisement : plus d'une cinquantaine de structures, regroupant à la fois des habitats et des sépultures datant de la fin du V° millénaire av. J.-C.

Historique : Ce site a été inventorié en 1893 par Adrien de Mortillet dans son rapport sur les mégalithes de la Corse. A partir de 1996 plusieurs fouilles seront initiées ainsi que des prospections dirigées par Franck Leandri (S.R.A de Corse).

Attention !!! Ce site n'est pas vraiment ouvert au public, les structures y sont fragiles. Je n'indiquerai donc pas le cheminement exact pour y accéder. J'ai eu, moi, l'occasion de le visiter en compagnie d'un archéologue dans le cadre de mon travail de recherche.
Si toutefois vos pas vous mènent jusqu'aux dolmens, RESPECTEZ ces monuments, ne montez pas sur les orthostats, ni sur les tumulus. Ce sont des témoins précieux des modes de vie et de pensée des hommes préhistoriques et il est important, pas seulement pour les scientifiques, de sauvegarder ce passé.
Si vous vous voulez en savoir plus, toute une bibliographie est associée à ce site (cf fin de cette notice).

Je présenterai ici seulement les sépultures principales :

Le sol étant granitique, il ne permet pas la conservation des ossements, la fonction sépulcrale de ces structures reste donc incertaine.

Le dolmen de la casa di l'Urco


Ce monument est construit sur un ancien coffre (on distingue encore quelque unes de ces dalles à l'arrière du chevet) datant du dernier tiers du Vème millénaire. La chambre funéraire du dolmen fait environ 4 m2 et est composée de deux orthostats très endommagés, d'une dalle de chevet débordante de chaque côté des piliers, et d'une dalle de couverture. On y accède par un couloir de 3 m de long construit en dalle. Un pilier d'entrée était implanté perpendiculaire à l'orthostat sud, mais il a aujourd'hui disparu. Le tumulus qui enserre le dolmen à couloir fait environ 9 m de diamètre, il semble parementé au niveau de la façade du monument. Au nord, il est bordé de gros blocs non agencés qui semblent plutôt appartenir au substrat.


Plan du dolmen de la Casa di l'Urco

Au Sud-Ouest du dolmen, on distingue un alignement de blocs qui conduit à un coffre en dalles très ruinées, entouré d'un tumulus de pierre lui même ceinturé d'une couronne de blocs de 6 m de diamètre. Cette sépulture est plus ancienne que le dolmen, elle daterait du dernier tiers du Vème millénaire (d'environ 4357 à 4044 av. J.-C)

Le dolmen de la casa di l'Urca

C'est un petit dolmen à couloir enserré dans un tumulus de pierres. La chambre est composée de deux orthostats et d'un chevet légèrement débordant au Nord. Le couloir est construit à la fois en dalles (au Nord) et en pierre sèche (au Sud). Le tumulus, loin d'un vulgaire tas de pierre, présente des aménagements particuliers destinés à assurer la stabilité du monument : il est ceinturé au Nord, d'une double couronne de gros blocs tandis qu'au Sud et à l'arrière du chevet, il est parementé.
Aucun mobilier chronologiquement identifiable n'a été retrouvé dans ce monument (seulement des percuteurs en pierre et des éclats de quartz).

Plan du dolmen de la Casa di l'Urca

Deux coffres ont été inventoriés près de cette sépulture, ils sont datés du chalcolithique terrinien.
Un autre dolmen est situé sur le sommet du Monte Revincu mais je n'ai malheureusement pas pu le visiter faute de temps! En revanche j'ai pu photographier au musée de Sartène le mobilier de parure associé aux défunts de cette sépulture, il s'agit de 16 pendeloques en roche verte retrouvés dans le couloir.


Pendeloques de forme globuleuse en leptinite du dolmen sommital du Monte Revincu (Musée de Sartène)

Bibliographie :

- F. Léandri, C. Gilabert, F. Demouche "Les chambre funéraires des Vème et IVème millénaires av. J.-C : le cas de la Corse" in Les cistes de chamblandes et la place des coffres dans les pratiques funéraires du Néolithique moyen occidental, Mémoire de la Société préhistorique française, Tome XLIII, 2008, 364 p.

- F. Léandri, C. Gilabert, F. Demouche, P. Tramoni, L. Costa, C Jorda, A. Béraud, "le site du Monte Revincu (Santo-Pietro-di Tenda, Haute Corse) : contribution à la connaissance du Néolithique moyen de la Corse, in A. D'Anna, J. Cesari, I. OGel, J. Vaquer dir., Corse et Sardaigne Préhistoriques : relations et échanges dans le contexte méditerranéen, Actes du 28ème congrès des sociétés historiques et scientifiques, Bastia, 2003, p. 165-184.

- J. Guilaine, "Protomégalithisme, rites funéraires, et mobiliers néolithiques", in De la vague à la tombe : La conquête néolithique de la Méditerranée, Seuil, Paris, p 199 - 226.